Fortress Paper investit au Québec (mars 2010)

La société Fortress Paper a annoncé le 18 mars dernier qu’elle allait effectuer un investissement majeur au Québec. Et quel investissement ! Fortress achète pour 3 millions un moulin à papier situé dans la ville de Thurso (près de Gatineau) de la société Papier Fraser (une compagnie en faillite qui tente de se restructurer). Elle compte ensuite le reconvertir au coût de 153 millions en une usine produisant la matière de base (pâte cellulosique) servant à la fabrication de la rayonne (un tissu aussi appelé viscose ou soie artificielle). De ce montant, 91 millions seront alloués à la reconversion du moulin (fin des travaux: mi-2011) et 62 millions serviront à construire une centrale électrique basée sur la cogénération (fin des travaux: début 2013).

Quelle est la logique financière derrière cet investissement ? Tout d’abord, la demande mondiale pour la rayonne est en forte croissance depuis quelques années (7% de croissance annuelle dans les 5 dernières années). Cette demande est générée par le déclin de la production mondiale de coton combiné à l’expansion de la classe moyenne en Chine et en Inde. Le résultat net est que la demande excède l’offre et que la pâte cellulosique se vend actuellement 1500$ la tonne, un prix nettement supérieur au 700$/tonne de la pâte kraft qui était produite au moulin de Thurso avant sa fermeture en mars 2009.

Quel est l’impact financier potentiel pour Fortress ? Il pourrait être tout simplement énorme! En assumant un prix conservateur de 900$/tonne, la société prévoit dégager un bénéfice d’opération (BAIIA) de 60 millions par année (5$ par action) seulement avec cette nouvelle usine. Si on utilise le prix actuel de 1500$/tonne, le BAIIA explose à 186 millions ou 17$ par action. Côté financement, Fortress a obtenu un prêt de 103 millions du gouvernement québécois à un taux d’intérêt très avantageux (5% pour les 5 prochaines années). Le reste du financement provient des liquidités de Fortress (15 millions), de l’émission de débentures convertibles (15 millions) et de crédits d’impôt reliés aux énergies vertes (25 millions).

La valeur de l’action de Fortress Paper pourrait donc décupler dans les prochaines années si les profits de cette nouvelle usine se matérialisent. De l’avis du président de Fortress, Chad Wasilenkoff, il s’agit de son meilleur “deal” à vie. C’est loin d’être une affirmation anodine lorsqu’on connait les succès spectaculaires que le type a connus dans le passé avec certaines transactions (à lire ici). Pour ma part, je trouve le plan d’affaire logique et j’aime le fait que même un prix conservateur pour la pâte cellulosique apporterait des bénéfices importants à la compagnie. On est loin d’un scénario à la Timminco où les profits dépendent d’un prix de la ressource incroyablement élevé.

En terminant, j’invite tous ceux qui veulent mieux comprendre cette transaction à consulter le document ci-dessous (la page 19 décrivant les projections financières est particulièrement intéressante!) :

Présentation du projet Thurso

Les acquisitions en temps de crise (février 2010)

Une idée très répandue veut que les récessions soient le meilleur moment pour faire des acquisitions. Selon cette théorie, les sociétés les plus solides financièrement peuvent profiter d’une période économique difficile pour gober des concurrents plus faibles à des prix d’aubaine. Comment expliquer alors que 2009 fut loin d’être une année faste en matière de fusions et d’acquisitions ? À titre d’exemple, Alimentation Couche-Tard, une société ayant toujours misé sur les acquisitions pour croître, a connu l’une des années les plus tranquilles de son histoire à ce chapitre en 2009…

Il faut bien admettre qu’il y a une grande part de mythe dans cette idée que l’on peut acheter des entreprises privées à bas prix en temps de récession (pour les sociétés publiques, on peut toujours tenter une offre d’achat hostile…). Pour comprendre le phénomène, il faut se placer du point de vue du vendeur. Celui-ci sait très bien qu’il n’obtiendra pas un bon prix au creux du cycle économique et préférera probablement attendre le retour de jours meilleurs pour vendre. Si l’on tente de l’acheter, son prix de vente sera en fonction d’une année dite “normale” et ne sera pas basé sur les mauvais résultats de 2009. Il n’est donc pas surprenant qu’un acquéreur discipliné comme Couche-Tard ne trouve pas beaucoup d’occasions d’achat.

En fait, j’ai l’impression que certaines aubaines n’ont pas nécessairement de lien avec le cycle économique. Elles surviennent parfois lorsqu’une grande société décide de se départir d’un secteur d’activité qui ne cadre plus avec sa stratégie. À ce moment, la haute direction est pressée de se délester de ces actifs “non stratégiques” afin de pouvoir déclarer que le “recentrage sur sa mission première” est un succès. Il est alors possible pour l’acheteur opportuniste d’obtenir un bon prix. C’est le genre de coup fumant qu’a réussi Couche-Tard en 2002 en achetant la chaîne de dépanneurs Circle-K de la pétrolière ConocoPhillips. C’est aussi ce genre de délestage qui a permis à l’homme d’affaires Chadwick Wasilenkoff de créer la société Fortress Paper.

Bref, les aubaines ne sont pas toujours présentes au moment ou l’on pourrait s’y attendre. La clé pour un acheteur est probablement de demeurer patient, discipliné et d’attendre le bon lancer qui lui permettra de frapper un coup de circuit !

L’action de Potash est-elle trop chère ? (février 2010)

L’évaluation d’un titre cyclique est une discipline bien différente de l’évaluation d’un titre non cyclique. Nous avons pu lire récemment dans les médias financiers (entre autres ici) que le titre de la société Potash (POT – TSX) était clairement trop cher. Cette compagnie canadienne est le plus important producteur de potasse au monde  (la potasse est un composant de base des engrais). L’action de Potash serait donc trop chère en raison de son ratio cours/bénéfice de 20, un ratio supposément trop élevé pour un titre cyclique. Je ne suis pas un expert dans le domaine, mais je doute que l’équation “ratio c/b élevé = titre cher”  soit vraiment la bonne méthode pour évaluer un producteur de matières premières comme Potash.

Remontons le temps. À la fin de l’année 2004, le titre de Potash se négociait à 30 fois les profits, le titre était donc très cher selon la théorie citée plus haut. Pourtant, l’action valait alors 27$ et était à l’aube d’une poussée qui allait la mener à un sommet de 230$ en juin 2008. À ce moment, le ratio c/b du titre était redescendu à 20. Sur cette base, le titre était donc moins dispendieux qu’en 2004, et ce, malgré la multiplication par 9 de sa capitalisation boursière ! La plupart des gens trouveront complètement illogique qu’un titre puisse être considéré “moins dispendieux” après avoir décuplé de la sorte et ils ont bien raison ! En fait, le ratio c/b est un bien piètre outil pour évaluer un titre cyclique comme Potash.

Les producteurs de matières premières sont des titres cycliques, car leur bénéfices suivent le cycle du prix des matières premières. Règle générale, les ratios c/b auront tendance à être élevés au creux du cycle, car le marché anticipe une forte hausse du prix de la matière première et du bénéfice du producteur. À l’inverse, les ratios seront bas au sommet du cycle, car les investisseurs n’accordent pas un fort multiple à des profits qui risquent de décliner dans les prochaines années. Pour faire de l’argent, il faut donc acheter au creux du cycle (peu importe le ratio c/b) et vendre au sommet (à un ratio c/b généralement bas).

Le défi posé par ce type d’investissement est évidemment de déterminer dans quel point du cycle nous nous situons présentement. Pour cela, il faut bien comprendre les mécanismes régissant l’offre (facilité d’augmenter la production, d’ajouter de nouvelles mines, etc.) et la demande (qui sont les consommateurs?, quel est leur situation financière ?, etc.) pour la ressource. Il faut aussi connaître l’historique du prix de la ressource. Dans le cas de la potasse, les prix furent longtemps déprimés en raison de l’effondrement de la consommation en ex-URSS (suite à l’éclatement du pays). Cette situation créa un excès de l’offre qui prit plus d’une décennie avant d’être absorbé par le marché.

Bref, il est futile de tenter d’évaluer un titre cyclique si on n’a aucune idée de la position actuelle du prix de la ressource dans le cycle. Et bien comprendre ce fameux cycle demande une expertise pointue qui n’est pas à la portée du premier venu. Dans le cas de Potash, le titre n’est pas si cher si on est au creux du cycle, mais c’est une autre histoire si on est au milieu… Il y a aussi une théorie à la mode qui veut que nous soyons présentement dans un “supercycle” haussier pour tout ce qui touche à l’agriculture. Cela est  peut-être vrai comme cela peut être  la version agroalimentaire de la théorie du “Peak oil” ! L’avenir nous le dira…

Une conversion intéressante (janvier 2010)

La date butoir pour la conversion des fiducies de revenus canadiennes en société par actions arrive à grands pas. Le 1er janvier 2011 marquera la fin de l’avantage fiscal des fiducies de revenus. Voilà pourquoi nous devrions assister en 2010 à la conversion de la plupart des fiducies toujours existantes. L’une d’entre elles, la fiducie montréalaise Benvest New Look (BCI.UN– TSX), a annoncé cette semaine son intention de se convertir en société par actions en mars prochain. Loin d’être seulement une banale opération administrative, cette conversion recèle une particularité qui pourrait s’avérer payante pour ses actionnaires.

Mais décrivons d’abord l’entreprise… La fiducie Benvest New Look possède la majorité des actions de Lunetterie New Look, un réseau de 63 magasins distribuant des produits et des services d’optique. La plupart des succursales (56) sont situées dans les grandes villes du Québec et une minorité (7) est située dans la région d’Ottawa. La société est un chef de file dans le domaine de l’optique au Québec et possède son propre laboratoire de transformation complète de verres. L’entreprise affiche une croissance régulière depuis plusieurs années (elle avait 38 magasins en 2003).

Contrairement à une société par actions, une fiducie de revenus ne paie pas d’impôt sur ses profits, ce qui lui permet de verser un dividende élevé à ses actionnaires (une distribution élevée à ses détenteurs de parts dans le jargon des fiducies).  La conversion d’une fiducie entraîne généralement une réduction appréciable de son dividende. Dans le cas de Benvest New Look, sa distribution annuelle de 0,65 $ va se transformer en un dividende annuel de 0,60 $ par action. Comment  peut-elle réduire son dividende de moins de 10 % alors qu’elle aura dorénavant à verser 30 % de ses profits en impôt ? La réponse : en achetant les pertes fiscales d’une autre société !

En effet, Benvest New Look va acheter la société Sonomax pour 1,7 million. Cette société ne sera plus qu’une coquille vide lorsque Benvest New Look en prendra possession, car ses actifs auront été préalablement transférés dans une nouvelle société appelée Sonomax Technologies. Cette nouvelle entreprise sera détenue à 100 % par les anciens actionnaires de Sonomax (New Look ne possèdera aucune action et ne sera pas concernée par ses pertes éventuelles). Par contre, le déficit accumulé de 48,2 millions de Sonomax pourra être ajouté au bilan de New Look. De ce montant, au moins 30 millions pourront être utilisés pour annuler l’impôt sur des profits futurs. Le bénéfice avant impôt de New Look ayant été de 6 millions en 2008, on peut supposer que l’utilisation des pertes de Sonomax pourra annuler l’impôt pour plusieurs années à venir.

L’action de Benvest New Look se négocie actuellement aux alentours de 6 $ (le titre est très peu liquide). Le dividende prévu de 0,60 $ offre donc un rendement de 10 % ! De plus, la société est peu endettée (8 millions), possède une position concurrentielle solide et de bonnes possibilités de croissance. Ai-je besoin de vous dire que le titre me semble nettement sous-évalué ?

Fortress Paper (janvier 2010)

1. Description

Fortress Paper (FTP – TSX) est une société de Vancouver qui se spécialise dans la production de papiers sécuritaires (billets de banque, passeport, visa) et de papiers peints de type non-woven (le papier peint qui se décolle facilement).  Si la société est canadienne, la totalité de ses opérations se trouve en Europe. La production de papiers sécuritaires s’effectue à son moulin de Landqart en Suisse et la production de papiers peints se déroule à son moulin de Dresden en Allemagne. La compagnie fut créée de toutes pièces en 2006 par l’homme d’affaires canadien Chad Wasilenkoff lorsque celui-ci profita de la rationalisation des activités de la société Mercer pour faire l’achat des moulins à papier de Landqart et Dresden.

2. Rendement passé

La société fut introduite à la Bourse de Toronto en juin 2007 lors d’une émission de 5 millions d’actions au prix de 8$. Le titre s’échange actuellement aux alentours de 10$ et la société n’a jamais versé de dividendes ou effectué des rachats d’actions.

3. Quelques chiffres

En 2009, les revenus de la société devraient avoisiner les 200 millions CAN et le bénéfice net être aux environs de 1,10$ par action. Le ratio cours/bénéfices est donc inférieur à 10. Le bilan est sain avec une dette de 31 millions et 28 millions en liquidités.  La valeur comptable par action de la société était de 8$ au 30 septembre 2009.

4. Ce qui la distingue

Le joyau de l’entreprise est sans contredit ses activités de production de billets de banque. Malgré ses apparences, le papier-monnaie est un produit à forte teneur technologique (certains billets ont plus de 30 caractéristiques de sécurité) pouvant être vendu avec une forte marge de profits. Les barrières à l’entrée sont importantes, car c’est un secteur sensible où les clients (les états souverains) sont très réticents à “essayer” de nouveaux fournisseurs. L’usine suisse de Landqart est un producteur reconnu de papier-monnaie depuis plusieurs décennies.

5. Perspectives de croissance

Fortress Paper va agrandir son moulin de Landqart en 2010 (la fin des travaux est prévue pour janvier 2011). Plus précisément, la société compte investir 50 millions dans le but d’en quadrupler la capacité de production. Cet investissement majeur pourrait doubler le bénéfice net de Fortress selon certains analystes. La société justifie cette expansion par la forte demande pour son papier-monnaie qui l’oblige actuellement à refuser poliment des clients.  Une partie de sa production future serait déjà vendue à l’avance. De plus, la société n’exclut pas la possibilité de faire des acquisitions si des occasions intéressantes se présentent dans le domaine des papiers sécuritaires.

6. Risques

La reconstruction de la machine à papier visant à quadrupler la production pourrait connaître des difficultés techniques et des retards bien que la compagnie ait réussi avec succès des opérations semblables par le passé. Les activités de production de papiers peints non-woven pourraient faire face à une concurrence accrue au cours des prochaines années au fur et à mesure que des concurrents convertissent leur production à ce nouveau type de papiers peints.

7. Conclusion

À moins de 10 fois les profits, la société me semble nettement sous-évaluée compte tenu de ses possibilités de croissance et du fait qu’elle a traversé sans trop de heurts la récession. Le marché semble accorder à Fortress un multiple semblable aux producteurs traditionnels de papiers (une industrie en déclin). Pourtant, les papiers sécuritaires de Fortress sont des produits de niche avec une forte valeur technologique ajoutée qui mériterait un multiple plus près des sociétés technos. Le titre pourrait valoir beaucoup plus dans deux ou trois ans si la société exécute bien son plan d’expansion. Le cours actuel m’apparaît donc être un bon point d’entrée.

Pour en savoir plus :

Une présentation Powerpoint de la compagnie

L’opinion du gestionnaire Irwin Michael sur Fortress Paper

Vers 2010 (décembre 2009)

L’année 2009 qui s’achève fut celle du grand soulagement! Le système capitaliste ne s’est pas effondré. Vous avez encore votre emploi. J’ai encore le mien. La récession fut moins sévère que prévu et les marchés boursiers ont rebondi de belle façon. Les investisseurs ayant eu le courage de demeurer présents dans le marché ont ainsi pu récupérer une bonne partie des pertes de 2008. Ouf!

Pour ma part, je m’en suis tenu au plan de match que j’avais décrit sur ce blogue en janvier 2009 (ici) et les résultats furent plutôt satisfaisants. Que nous réserve 2010 ? Je ne me risquerai sûrement pas à faire des prédictions (la raison ici)! Je dirai simplement qu’après les folles montagnes russes de 2008\2009, les années 2010\2011 ont de fortes chances d’être des années plus “normales” (c’est davantage un souhait qu’une prédiction).

Il ne faut pas se raconter d’histoire avec 2009. Derrière les rendements spectaculaires de certains investisseurs se cache l’ombre de leurs pertes de 2008. Par ailleurs, bien des investisseurs ayant évité le krach de 2008 sont des gens réfractaires aux actions qui n’ont évidemment pas participé au rebond de 2009. La période 2008\2009 est en quelque sorte un grand jeu à somme nulle pour la plupart des gens. Je ne crois pas qu’elle soit un bon barème pour juger les mérites d’un(e) investisseur\gestionnaire de portefeuille\méthode d’investissement.

La leçon que de nombreux investisseurs ont retenue des deux dernières années est qu’il faut se préoccuper davantage de la macro-économie dans le but de ne pas se faire piéger par les prochaines crises. Je ne crois pas que ce soit une si bonne idée. Dans un contexte boursier où les aubaines criantes ont disparu et l’économie plus stable, ce sont plutôt les bonnes vieilles compétences de stockpicker qui risque de faire la différence. En 2010, rien ne sert de perdre son temps à trop se soucier de macro-économie et d’angoisser sur les prochaines bulles boursières. Ne suivons pas l’exemple de ces généraux toujours prêt à refaire la dernière guerre! De mon côté, je vais m’en tenir à la base de l’investissement : l’étude et la compréhension de compagnies. On se reparlera de bulles vers 2012…

Bonne année 2010 à tous!

Warren Buffett et vous (décembre 2009)

Warren Buffett s’est offert il y a quelques semaines la totalité des actions du chemin de fer Burlington Northern Santa Fe. Évidemment, il n’en fallait pas plus pour que les titres des autres sociétés de chemins de fer connaissent une poussée à la hausse. C’était d’ailleurs la troisième fois que le secteur s’appréciait à la suite d’un investissement important du vieux renard d’Omaha. Ce phénomène est facilement compréhensible, car Buffett est probablement l’investisseur le plus suivi et le plus imité de la planète. Après tout, si l’industrie du rail est un bon placement pour Buffett, pourquoi ne le serait-elle pas pour vous et moi ?

Eh bien, peut-être parce que nous sommes dans une position financière bien différente de celle de Buffett ! Celui-ci à des dizaines de milliards à investir, l’univers des placements potentiels pouvant avoir un impact significatif sur son portefeuille est donc forcément très limité. Cet univers est essentiellement composé d’entreprises matures ayant une croissance annuelle décente, mais tout de même modeste. L’objectif de Buffett est probablement de faire un rendement de 10 à 15% annuellement tout en prenant le minimum de risques. Le potentiel de croissance limité de ces titres fait en sorte qu’il faut faire particulièrement attention au prix payé.  Acheter après le pdg de Berkshire implique souvent de payer une prime qui diminue le rendement que l’ont peut espérer de notre investissement.

Faut-il conclure qu’il est inutile pour quelqu’un cherchant à faire beaucoup d’argent à la Bourse de s’inspirer de Warren Buffett ? Non ! Les nombreux disciples de Buffett ne font pas erreur sur l’homme. Ils font erreur sur l’époque. Ce n’est pas le Buffett de 2009 qu’il faut chercher à imiter mais plutôt celui de 1955 ! Voici un extrait de sa biographie (The snowball, p. 194) démontrant que ses cibles d’investissement à cette époque étaient bien différentes de celles d’aujourd’hui :

L’une de ses sources d’idées favorites était les Pink Sheets, un hebdomadaire imprimé sur des feuilles roses qui contenait des informations sur des sociétés si petites qu’elles n’étaient pas transigées sur une place boursière. Une autre de ses sources était le National Quotation Book qui était publié tous les six mois et qui décrivait des sociétés si minuscules qu’elles n’étaient pas admises sur les Pink Sheets. Aucune compagnie n’était trop petite et aucun détail n’était trop obscur pour échapper à son attention.

Pour avoir un succès hors de l’ordinaire, il faut être capable de sortir des sentiers battus. Buffett l’a compris il y a longtemps. Bien entendu, investir dans de petites capitalisations obscures demande beaucoup de recherche et n’est pas à la portée de tous. Se constituer un portefeuille de blue chips solides demeure probablement l’approche la plus sensée pour la majorité des gens. Par contre, il ne faut pas se bercer d’illusions et s’imaginer que nous marchons ainsi dans les traces de l’oracle d’Omaha. S’il était à notre place, ce n’est pas dans les Pfizer et les Jonhson & Jonhson de ce monde que Buffett investirait…

Les années 30 (décembre 2009)

L’endettement élevé des gouvernements et les déficits monstres suscitent bien des craintes en ce moment.  Il s’agit sans contredit de la peur numéro un en Bourse et de l’argument le plus souvent invoqué pour justifier une chute prochaine des marchés. Pour beaucoup de gens, il est complètement illogique d’avoir utilisé l’endettement excessif pour combattre une crise causée par… l’endettement excessif!  Selon eux, il aurait mieux valu faire preuve d’austérité et purger le système capitaliste en laissant les entreprises et les individus irresponsables faire faillite.

Ce discours, c’est exactement celui que tenait le Secrétaire du Trésor des États-Unis Andrew Mellon au président Herbert Hoover dans les jours suivant le krach de 1929.  Je le cite :

Liquidons le marché du travail, liquidons les actions, liquidons les fermiers, liquidons l’immobilier… et purgeons le système de sa pourriture.

Malgré ses réticences, le président Hoover finit par suivre les conseils de Mellon, car ils représentaient l’opinion majoritaire de l’époque. Les taux d’intérêts furent donc augmentés et le gouvernement comprima ses dépenses afin d’équilibrer son budget. La hausse des taux d’intérêts avait aussi pour but de protéger les réserves d’or de la Federal Reserve. À cette époque, le dollar US était convertible en or à un prix fixe. Des taux d’intérêts élevés incitaient donc les gens à conserver leurs placements libellés en dollars US plutôt qu’à les convertir en or (et ainsi vider les réserves de la Fed).

Le résultat de cette politique monétaire fut un désastre total! Dix années de misère et de pauvreté qui marquèrent pour la vie plusieurs générations. L’élection de Franklin D. Roosevelt à la fin de 1932 entraîna un virage à 180 degrés de la politique monétaire, mais les dommages étaient déjà tellement grands qu’il fallut attendre la fin de la décennie (et le début d’une guerre atroce) pour sortir du marasme.

Avec cet éclairage historique, il est très facile de comprendre pourquoi les banquiers centraux de par le monde ont adopté une approche diamétralement opposée à celle de l’administration Hoover. Le président de la Fed, Ben Bernanke (lui-même un expert des années 30), n’allait sûrement pas répéter les mêmes politiques ayant conduit à La Grande Dépression. Une idée répandue veut que l’Homme ne tire jamais de leçons de l’histoire. Heureusement pour nous, ce n’est pas toujours le cas.

La pire façon d’investir (octobre 2009)

Les mauvaises façons d’investir sont nombreuses. Je remarque que l’une d’entre elles semble avoir la cote à notre époque. De quelle méthode s’agit-il? L’analyse technique? La pseudo analyse fondamentale? Non, vous n’y êtes pas du tout. Il s’agit d’une méthode qui pourrait s’intituler “investir (ou ne pas investir) en fonction des prévisions macro-économiques d’un gourou à la mode”!

Le gourou de la finance typique est un individu remarquable. Il est brillant, a connu beaucoup de succès par le passé, possède une personnalité forte, a beaucoup de prestance et la surexposition médiatique ne lui inspire aucune crainte. Au niveau international, ils ont pour noms Nouriel Roubini, Marc Faber, Jim Rogers et Warren Buffett. Au Québec, nous avons le réputé gestionnaire Stephen Jarislowsky.

Ces individus sont sollicités de toute part par des médias continuellement en quête de prédictions sur la direction des marchés. Nos gourous, acceptant avec plaisir le rôle d’oracle, se prêtent souvent au jeu. Un exemple parmi d’autres ? Stephen Jarislowsky affirmait à la fin mars qu’il était trop tôt pour revenir en Bourse ! (la preuve ici). Malheureusement, les marchés ignorèrent l’avis de l’oracle montréalais et poursuivirent leur ascension.

Pourtant, monsieur Jarislowsky est un excellent investisseur. Il a bâti sa fortune et sa réputation en investissant avec un horizon à long terme dans des titres de sociétés solides. Par contre, son succès comme investisseur ne repose probablement pas sur sa capacité à prévoir la direction du marché à court terme. Qu’il ait fait une telle prédiction démontre qu’il est très difficile de ne pas succomber au “syndrome de l’oracle”.

Bref, qu’un journaliste admiratif vous demande votre avis sur la direction du marché ne vous transforme pas pour autant en Nostradamus de la Bourse.  Il n’est pas anodin que Warren Buffett, le plus génial et le plus adulé des gourous, ait toujours refusé de répondre à cette question. Le meilleur investisseur de tous les temps a l’humilité et la sagesse de ne pas tenter de prédire la direction à court terme du marché. Les petits investisseurs devraient en prendre bonne note avant de trop se laisser impressionner par les prédictions spectaculaires d’un gourou à la mode.

Le Dieu dividende (octobre 2009)

C’est immanquable ! Après chaque effondrement des marchés, les dividendes redeviennent populaires !  On a chanté leurs louanges après la crise de 2002 pour mieux les ignorer par la suite lorsque le marché est reparti à la hausse. Ce n’est donc pas surprenant si le discours sur “l’importance du dividende” est de retour en force après la période boursière difficile que nous venons de traverser. Lorsque les marchés sont houleux, les investisseurs semblent percevoir le dividende comme une bouée à laquelle on peut s’accrocher…

Selon moi, le dividende ne devrait jamais faire partie des raisons importantes justifiant l’achat d’un titre. Il ne fait aucun sens d’assumer les risques inhérents à la Bourse dans le but de recevoir un dividende de 3% ou 4%.  On peut obtenir le même genre de rendement avec des produits beaucoup moins risqués comme les obligations. La seule raison rationnelle d’investir dans les actions (compte tenu des risques que ça implique) est de viser une croissance de son capital (une hausse du prix de l’action).  Le dividende, s’il existe,  doit plutôt être perçu comme un bonus.

Une autre théorie affirme que les sociétés haussant leur dividende de façon régulière, année après année, sont d’excellents placements.  Je suis d’accord, mais je crois qu’il ne faut pas confondre les causes et les effets. C’est la croissance de ses revenus et de ses profits qui permet à une société de hausser son dividende à chaque année. L’investisseur a donc intérêt à axer son analyse sur les causes de la croissance des profits et considérer les hausses de dividende comme un simple effet de cette croissance. Il faut aussi mentionner qu’avec une telle société, la hausse de la valeur des actions risque d’être largement supérieure à la somme des dividendes versés.

Par ailleurs, le versement d’un dividende ne doit pas être perçu comme un acte vertueux automatiquement favorable aux actionnaires. Retourner une partie des profits aux actionnaires sous forme de dividende est une décision d’allocation du capital faite par la direction d’une entreprise. Comme toute décision d’affaire, celle-ci peut s’avérer judicieuse ou peu avisée. Négliger des occasions de croissance ou tolérer un bilan très endetté dans le but de verser un dividende aux actionnaires ne sont pas nécessairement les signes d’une saine gestion.

En conclusion, il ne faut pas croire que je suis contre les dividendes. Huit des treize titres que je détiens en portefeuille en distribuent… Je pense simplement qu’il ne faut pas exagérer leur importance lorsqu’on investit à la Bourse. Dans le meilleur des cas, ils viennent bonifier le rendement. Dans le pire, ils sont des pièges dont l’investisseur doit se méfier.

Suggestion de lecture :  le chapitre intitulé “The hullabaloo about dividends” du livre “Common Stocks and Uncommon Profits” de Philip A. Fisher  (aussi disponible en français)