Benjamin Graham et le krach de 1929 (2eme partie) (avril 2010)

Graham n’est pas ruiné par le krach de 1929. Grâce à ses stratégies de couverture avec des ventes à découvert, son partnership limite les dégâts et ne perd que 20%. Graham est même considéré comme un génie de la finance pour avoir perdu aussi peu. Malheureusement pour lui, le marché baissier n’est qu’à ses premiers balbutiements. En 1930, son partnership subit une baisse supplémentaire de 50%. Il faut dire que Graham ne possède plus de positions à découvert pour limiter ses pertes et que sa seule stratégie consiste alors à s’accrocher tant bien que mal à des titres qu’il juge nettement sous-évalués. Les années 1931 et 1932 ne sont guère meilleures et lui font subir des pertes supplémentaires de 12% et de 3% respectivement. Au total, la valeur des actifs de son partnership a fondu de 72% au cours de la période 1929-1932.

Les marchés repartent finalement à la hausse en 1933 avec l’arrivée au pouvoir de Franklin D. Roosevelt. Graham et ses partenaires sont récompensés pour leur ténacité et obtiennent des rendements spectaculaires. En décembre 1935, le partnership a récupéré toutes les pertes subies depuis 1929. Au cours des vingt années suivantes, la firme de Ben Graham battra les indices boursiers de 2.5% par année en moyenne. Le chiffre peut sembler minime, mais il faut se rappeler que battre les indices pendant deux décennies constitue un exploit considérable pour n’importe quel gestionnaire de portefeuille.

En 1934, Graham va publier le livre “Security Analysis” dans lequel il décrit en détail son approche de l’investissement. Il faut remercier le marché baissier de 1929-1932 qui, à défaut d’avoir procuré à Graham une “illumination” comme le veut la légende, lui a donné beaucoup de temps libres pour écrire ce classique de l’investissement. L’idée d’écrire ce livre avait germé dans son esprit pour la première fois en 1927. Une version “grand public” de Security Analysis sera publiée en 1949 sous le titre “The Intelligent Investor“. Au chapitre 15 (édition de 1970), Graham affirme que sa méthode d’investissement a donné des résultats très satisfaisants de 1923 à 1957 (année de sa retraite) à l’exception de la période très difficile de 1930-1932.

En conclusion, il y a peu de doutes que les années qui suivirent le krach 1929 furent très pénibles et qu’elles marquèrent Benjamin Graham. Cependant, il est inexact d’affirmer que cette période l’ait incité à changer sa façon d’investir. Au contraire, Graham a fait preuve d’une persévérance remarquable en continuant d’appliquer une méthode qui reposait sur des bases intellectuelles solides, et ce, malgré les mauvais résultats. Merci pour la leçon de vie, Monsieur Graham!

Sources :

Benjamin Graham, The Memoirs of the Dean of Wall Street

The Snowball, chapitre 17 “Mount Everest”

The Intelligent Investor, chapitre 15

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